Quand Alain Jupé apprends qu’il est blanc et plein d’autres choses encore(vidéo)

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Grand moment que cette intervention de Sihame Assbague, face à Jupé, sur ce plateau télé… J’y ai presque trouvé un espèce de suspens, elle tombera, ou elle ne tombera pas, dans les pièges que sans arrêt Jupé et le dispositif télé lui jettent  sous ses pas…

Elle en sortira intacte, elle restera intègre, jusqu’au bout. Bien sûr dix minutes ça va très vite, et elle a beaucoup de choses à placer, des fois ça patine un peu, mais jamais elle ne s’enlise. Sur FB elle fera par la suite son autocritique sans aucune concession, je ne me permet pas de la reproduire ici, mais ce n’est qu’après m’être cogné le décryptage que je comprends mieux son propos…

On est exactement dans la complémentarité de ce que j’écrivais, par rapport à Farid…

J’ai voulu ralentir le truc pour mieux comprendre ce qui s’était passé, et comment ça c’était passé, alors , je me suis payé le décryptage intégral ci-dessous. Il me semble que ça peut être un bon outil d’analyse et d’apprentissage en ce qui concerne la prise de parole des minoritées dominées. Il faudrait s’arrêter sur chaque phrase pour se demander, “Ici, à ce moment, qu’est-ce qui  se joue.
A chaque phrase,  parce que tout ça est très dense, et j’ai l’impression qu’à tout moment, toute la tentative de Sihame peut aller se fracasser , se fair engloutir dans le train train, le rituel télévisuel… Voilà sans vouloir tomber dans le groupisme toxique, un chantier à ouvrir…

Je fais ici ma part en ayant tapotté ce qui suit des heures durant

Verbatim “Des Paroles et des Actes” France 2 le 02/10/14.
Sihame Assbague / Alain Jupé présenté par David Pujadas…

 

David Pujadas>

Juste avant de vous laisser la main, je voudrais qu’on entende Siham Assbague, elle est militante associative dans la banlieue parisienne et cela pour évoquer un sujet sur lequel on ne sait pas grand-chose, de vos idées Alain Jupé, il s’agit des quartiers des banlieues,
Bonsoir Sihame Assbague,

Sihame Assbague>Bonsoir

DP>vous êtes de Villetaneuse en région parisienne, c’est bien ça,

SA>Oui tout à fait

DP> et vous souhaitez interpeller Alain Juppé sur disons, le message, l’horizon qu’il aurait en tête pour ces jeunes qui peinent parfois à trouver toute leur place, que souhaitez lui vous dire ?

SA>Alors, déjà peut-être recontextualiser la question. Je ne suis pas forcément militante dans la banlieue francilienne, je suis activiste pour les droits civiques partout en France. C’est important de recontextualiser

DP>c’est fait

SA>… et ensuite quand on parle de banlieue on a tendance à parler de jeunes, il n’y a pas que des jeunes en banlieue ce sont de douze à quinze millions d’habitants qui demandent, même pas, qui réclament d’être respectés comme les autres. Juste pour recontextualiser.

DP>Mais vous avez bien fait.

SA> Bonsoir à tous, bonsoir Monsieur Jupé vous l’avez très certainement constaté, la gauche, notamment le Parti socialiste a pris un certain nombre de claques électorales ces dernières années, il pensait qu’une partie de la population, notamment dans les quartiers populaires , leur était acquise, mais à force de promesses non-tenues, à force d’humiliations, à force de violation de nos droits les plus fondamentaux, ils ont goutés, un peu au hasard, à la sanction massive dans les quartiers populaires et au vote sanction. Là vous vous dites comme un certain nombre de responsables politiques, youpi ! virage à droite il n’en est rien vous savez aussi qu’en matière de, d’hypocrisie  de relais de certains discours racistes, d’escroqueries politiques, d’escroqueries tout court, la droite n’est pas en reste et finalement il y a des points de similitudes on l’a vu ces dernières années, entre la droite et la gauche sur trois points que je vais citer, c’est très long de développer, euh de répondre, enfin de parler des quartiers populaires de parler de tout ce qu’il y a

DP>Un point peut être qui vous tient à cœur,
[]
SA> je vais en donner trois, juste pour montrer les similitudes entre la gauche et à droite. Le premier c’est que, vous l’avez constaté, l’ensemble de la classe politique se ressemble, vous êtes Monsieur Jupé, à l’image de ces responsables politiques, un homme, blanc, âgé de plus de soixante ans,

Alain Jupé>je n’y peux rien madame,

SA>oui je sais, je sais vous n’y pouvez rien, je n’y peux rien aussi, vous l’avez constaté je suis une jeune femme issue de l’immigration, je n’y peux rien mais ça ne change pas mon propos, vous êtes un homme, blanc, âgé de plus de soixante ans, vous êtes un héritier, un privilégié de la république, vous n’êtes pas le seul, c’est symptomatique de l’ensemble de la classe politique française à droite comme à gauche.

DP>Un héritier, je ne sais pas si Alain Jupé vas vous contredire là-dessus, enfin bon…

AJ>Non non

SA>Non non un héritier

AJ>C’est l’image qu’on se fait de nous donc..

SA>Je maintiens, non non c’est pas l’image, alors c’est l’image premièrement que wikipédia se fait de vous et c’est l’image que j’ai de vous, de toutes façons aujourd’hui..

AJ>Mais je ne suis pas un héritier Madame, pardons de vous interrompre

SA>Vous y reviendrez, vous y reviendrez

AJ>Je me suis construit moi-même en faisant des études, voilà c’est tout c’est comme ça que j’ai réussi

SA>d’accord

AJ>Ce n’est pas tombé dans mon berceau, poursuivez…

SA>Vous êtes en tout cas aujourd’hui un héritier, vos enfants seront des héritiers de la République et quoi qu’il arrive, vous êtes un privilégié Monsieur vous ne pouvez pas me contredire sur ce point.

AJ>C’est vrai

SA>Mais vous n’êtes pas le seul, l’accusation n’est pas ad-hominem. Elle concerne l’ensemble de la classe politique française et elle pointe un point fondamental, la classe politique française aujourd’hui n’est pas représentative de l’ensemble des citoyens français.

Ça c’est le premier point, le deuxième il est lié, c’est que vous êtes complétement en décalage avec la réalité sur le terrain, c’est pour ça que j’ai eu beaucoup de mal à trouver une question que je pourrais vous poser sur les quartiers populaires c’est que je me suis dit, j’y ai réfléchis j’ai sollicité les gens autour de moi, mais c’est très difficile aujourd’hui, pour nous, de poser des questions aux représentants enfin à nos représentants politiques puisque nous savons que vous êtes à mille lieux que ce que nous vivons sur le terrain, je voulais vous poser une question sur la difficulté qu’à Salah ce trentenaire lyonnais à trouver un travail. Depuis cinq ans il envoie des cv, il n’a pas trouvé, vous allez me faire une réponse langue de bois, je le sais, ça fait trente ans qu’on nous la fait, je voulais vous poser une question sur la contrôle au faciès sur ces discriminations racistes structurelles que vivent un certain nombre de nos concitoyens mais pareil, là encore je connais le discours depuis euh depuis quarante ans

DP>Est-ce que vous voulez entendre sa réponse

SA>Mon troisième point… On va l’entendre tout de suite, je vais terminer mon propos et je vais lui laisser la parole

Mon troisième point c’est encore une fois lié au précédent, j’ai l’impression, et c’est pas qu’une impression que vous, comme l’ensemble de la classe politique, que vous nourrissez en fait finalement ces discriminations structurelles, ces discriminations racistes, que vous nourrissez ce système pour pouvoir maintenir votre place et pour pouvoir aider vos amis qu’ils soient médiatiques, qu’ils soient politiques, qu’ils soient dans le monde économique à garder leur place. []
Ma question donc vous l’avez compris, c’est très difficile de vous poser une question, mais ma question elle est très simple comment peut-on oser prétendre aujourd’hui, comment un homme comme vous, aujourd’hui oser prétendre, alors que vous avez été, et le vous est général, bourreau des principes républicains, comment est-ce que vous pouvez oser prétendre être garant prochainement de la devise républicaine et représenter la France.

DP>Attendez quand vous dites bourreau des principes républicains à quoi pensez-vous précisément ?

SA>Je pense à un certain nombre, de… Maintenant j’ai le temps pour développer mon propos ?

DP>Rapidement s’il vous plait, si vous voulez qu’il vous réponde

DP>C’est un mot très fort, donc

SA>Oui oui je pense qu’il y a violation, je pense que vous avez suivi l’actualité comme moi, ces dernières décennies, sur tout en tant qu’animateur du 20 h de France 2, vous avez pu voir, je pense que vous avez vu que nous vivons un climat particulièrement délétère, je pense que vous avez vu que ce ne sont pas mes propos qui font ce soit le lit du FN, mais l’UMP et le Parti Socialiste y ont largement contribués

 

DP>Voilà

SA>Je pense que vous avez pu voir que les quartiers populaires souffraient d’une relégation sociale, territoriale, assez dramatique..

DP>Monsieur Jupé va vous répondre

SA>La devise qui est inscrite sur le fronton d’un certain nombre de nos bâtiments n’est tout simplement pas respectée

DP>Alain Jupé

AJ>D’abord Madame, je voudrais vous dire que j’ai le plus grand respect pour ce que vous faites  c’est un vous collectif, c’est-à-dire pour le travail des associations qui sont présentes sur le terrain, c’est formidable c’est difficile, et je le répète ça inspire du respect.

Je ne peux pas vous répondre, parce que je vais avoir forcément tort, vous avez d’ailleurs caricaturé ce que je suis, un homme blanc de plus de soixante ans

SA>C’est pas une caricature

AJ>Privilégié, comment voulez-vous, en plus, vous pensez que c’est pas une caricature, comment voulez-vous que je vous réponde, j’ai forcément tord et vous ne me croirez pas. C’est ça qui est dramatique, c’est que vous vous fassiez de nous, l’image que vous venez de donner en nous accusant d’être des bourreaux de la République, c’est terrible d’entendre ça…

SA>Vous me retournez l’accusation que je vous ai faite

AJ>Des bourreaux c’est terrible, c’est terrible d’entendre ça Alors je peux vous expliquer que c’est profondément injuste que ce n’est pas vrai que à Bordeaux, j’ai des quartiers difficiles c’est vous ne connaissez pas le quartier des Aubiers, vous ne connaissez peut-être pas quartier de la Benauge vous ne connaissez peut-être pas la ville de Cenom et de Lormont, Au quartiers des Aubiers j’y passe des heures entières avec des associations, qui sont sur le terrain au contact des jeunes qui sont là. Quand vous me dites que je ne sais pas de quoi il s’agît comment voulez-vous que je vous convainque du contraire. Alors venez avec moi, je vous invite, venez à Bordeaux, venez dans le quartier des Aubiers, voyez ce qu’on y a fait, et au-delà de cette expérience que j’ai, qui est une expérience vécue je ne vais pas évidemment convoquer les caméras de télévisions quand je fais ça avec mes équipes. Il y a ici une de mes adjointes, qui s’appelle Alexandra Siarri qui doit bouillir quand elle entends ça, elle est dans les squat de roms, hein, elle m’amène dans les squats de roms et dans les squats de roms qu’est-ce qu’on fait on a une maitrise d’œuvre urbaine et sociale, pour essayer de voir toutes les personnes qu’on peut scolariser loger de façon à les réintégrer, voilà le travail social que l’on fait et que vous ignorez apparemment complètement

SA>Non non j’ignore pas
[]
AJ>Et je ne suis pas le seul élu, comment pouvez-vous me dire que je suis à mille lieux de tout ça, je le vis tout ça, pas comme vous, pas comme vous, j’habite pas là, c’est vrai, je le reconnais, je sais ce qui s’y passe, et j’essaye de faire que ça change. Sur les discriminations c‘est terrible d’entendre ce que vous me dites, lundi dernier au conseil municipal de Bordeaux, nous avons créé l’observatoire des discriminations et de l’égalité qui est une proposition qui est faite par l’un de mes adjoints et qui s’appelle Marik Fetouh précisément pour accentuer encore ce que nous faisons à Bordeaux pour lutter contre les discriminations de tout ordre qu’elle soient liées à la religions au sexe à l’orientation sexuelle ou au tissu social, et nous avons déjà une action très développée dans ce domaine. Sur l’emploi quand j’étais premier ministre j’ai fait la seule chose intelligente, je n’hésite pas à le dire, pour l’emploi des jeunes dans les quartiers ce sont les zones franches qui existe encore, et qui ont donné la chance à certains de ces jeunes

Aujourd’hui nous avons une politique systématique d’heures d’insertions dans les marchés publics, quand on construit un stade on exige du constructeur qu’il réserve des heures d’insertions pour les jeunes des quartiers, voilà, je pourrais allonger la liste, mais je ne vais pas vous convaincre naturellement je suis en situation, par construction, d’infériorité donc je vous rends les armes et je vous dis bravo pour ce que vous faites.

SA>Pardon, juste

DP>Un mot rapide

SA>Oui un mot rapide parce que c’est important de répondre, j’aimerais vous applaudir Monsieur Jupé parce que vous venez d’inverser l’injustice que nous subissons, vous vous êtes placé dans la position d’infériorité alors que concrètement au quotidien c’est nous qui subissons la position d’infériorité

AJ>Bien sûr, je ne sous-estime pas

SA>C’est nous qui subissons les injustices Monsieur, c’est juste important de recontextualiser les choses

Si vous n’êtes pas à mille lieux de ce qu’on vit, si vous n’êtes pas à mille lieux de ce qui se passe aujourd’hui en France, répondez-moi à très simplement oui ou non à une simple question, est-ce que vous reconnaissez aujourd’hui qu’il existe un racisme structurel en France

AJ>Ben évidemment !

SA>D’accord

AJ>C’est une question, pourquoi est-ce que je fais l’observatoire des discriminations et de l’égalité, pourquoi est-ce que j’ai un adjoint qui lutte contre les discriminations pourquoi est-ce qu’à Bordeaux on a créé le Cobade Le comité bordelais de lutte contre les discriminations, c’est parce que qu’il existe du racisme en France parce qu’il existe encore des discriminations je n’ai jamais dit le contraire..

SA>Un racisme lié à l’état

AJ>Non, c’est pas un racisme lié à l’état

SA>Un racisme structurel..

AJ>Non, c’est un racisme lié à la société naturellement,

Vous parlez de racisme structurel

SA> C’est un racisme structurel, c’est un racisme institutionnel , monsieur …

AJ>Je ne crois pas que les français soient profondément racistes

SA>Je ne parle pas des français

AJ>il y a des situations qui les amènent à avoir des comportements racistes, il n’y a pas de racisme institutionnel

 

SA>Vous venez de me dire oui, Il existe un racisme structurel et là, vous me dites non il n’existe pas de racisme institutionnel

AJ>Vous êtes une redoutable rhétoricienne

SA>Mais j’ai à faire à un grand maître en face de moi faut bien m’adapter

AJ>Est-ce qu’il existe un racisme structurel, je vous dis oui, et vous ajoutez, vous venez de reconnaître qu’il existe un racisme institutionnel voilà j’ai pas dit ça

SA>Votre réponse m’a tellement étonnée

Vous ne reconnaissez pas qu’il existe un racisme institutionnel en France ?

AJ>Non je ne pense pas qu’un pouvoir public soit raciste

Qu’il soit de gauche ou de droite il n’y a pas de racisme institutionnel chez ceux qui ont gouverné notre pays au fil des ans au contraire ils ont tous essayé de lutter contre le racisme, je suis membre alors , je ne vais pasencore vous parler de moi,parceque ça ne vous intéresse pas, mais il y a bien longtemps que je suis membre de la LICRA Voyez et que je milite à la Licra aussi Donc ne vous faites pas cette image tout à fait caricaturale des responsables politiques

DP>Merci Sihame.

SA>Alors juste pour un tout petit mot, un tout petit point

DP>On va s’arrêter là c’est la règle du jeu

On enchaîne avec Nathalie

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